Artiste
Bruno Verdet
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Je revendique le caractère onirique, fantastique, voire franchement dramatique de ma peinture. Le noir mat que j'utilise donne à la toile l'aspect, la densité d'une plaque taillée dans la pierre. La peinture naît de couches qui se superposent sans faire tout à fait disparaître les précédentes. La toile, le plus souvent posée à plat sur la table, j'étale la peinture tout en la raclant. Surgissent alors ce que j'appelle des paysages néo-romantiques, c'est-à-dire, des paysages post-catastrophe, des fossiles de paysages, des paysages romantiques ravagés par l'ultra-libéralisme. Les ténèbres envahissent tout l'espace, l'air a perdu sa limpidité, est devenu comme une boue, des pluies acides s'abattent, des vapeurs s'élèvent. Les arbres sont figés par le gel ou dévoré par les flammes. On se sent happé par l'abîme, le vide, le rien. On fuit, là où toute trace de vie, déjà, a disparu. On devine encore l'ordre ancien, d'harmonieux vallons plantés d'oliviers et de cyprès, avec, à leur pied, une rivière s'échappant en cascade. Il s'agit plus d'un fantôme de représentation, comme lorsque le rêve dissout toute ressemblance, toute vraisemblance, ébranle notre expérience. Ce qui m'inspire, c'est le crime, le désastre, la catastrophe, comme texture du réel et comme spectacle producteur de jouissance. Je pense que l'on peut être tout à la fois des êtres horrifiés et des jouisseurs de l'horreur. S'il est une chose de plus en plus difficile dans notre monde, c'est bien d'échapper à ce trouble né de la jouissance de l'horreur. J'aimerais que ma peinture traduise cela. Sur une de mes dernières toiles, on voit une montagne en feu, peut-être est-ce la Sainte-Victoire, et, peu à peu, nous réalisons avec effroi que quelque chose en nous se met à comprendre le pyromane. |